Prendre au sérieux la prière


Le Fils de l’homme quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ?

Nous comprenons que les disciples ont connu des découragements dans la prière, les mêmes que ceux que nous pouvons connaître aujourd’hui lorsqu’à la prière redoublée de l’Église ne semble répondre aucune amélioration. Ce n’est pourtant pas faute de prier pour que la vie soit protégée, pour que les violences cessent de toute part, pour que la justice soit observée, pour que les affamés soient nourris, pour que nous sortions de notre péché. Il semble que le découragement peut découler d’une apparente absence de réponse de Dieu au point que l’on puisse perdre la foi, comme le présage le triste constat de Jésus à la fin de l’évangile : « Le Fils de l’homme quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? ». Il y a des gens qui ne veulent plus croire car leur prière n’a pas été exaucée alors qu’elle semblait être juste. Jésus n’apporte pas de réponse facile à ce ce douloureux constat.

Il y a d’autres raisons de se décourager dans la prière, l’impression que le dialogue est impossible. Comment puis-je entrer en conversation avec quelqu’un qui n’est physiquement pas là, qui n’est pas accessible par les sens? Je vous vois, je vous parle, et vous m’entendez… mais Dieu, nul ne l’a jamais vu. On n’entre pas en conversation avec Dieu comme dans une conversation what’s app ou messenger d’où fusent les réponses instantanées. Je vous ferai remarquer qu’on peut avoir des modes de communication moins modernes, moins immédiats, mais souvent plus profonds car plus réfléchis. Dans un temps révolu et pourtant pas si lointain, les gens correspondaient par lettres, ils n’attendaient pas une réponse dans la minute et ils n’écrivaient pas sans avoir bien réfléchi leur propos. Je vous invite à lire, si vous avez un jour cette belle opportunité, la correspondance des poilus de la Grande Guerre, ces hommes plongés dans le magma de la violence, lisez les lettres qu’ils adressent à leurs épouses et à leurs parents, lisez leurs prières.

Une dernière raison au découragement pourrait être la suivante : je n’ai pas le temps. J’ai des études, des activités, du sport des soirées. J’ai du temps pour cela, mais je n’ai pas le temps de m’arrêter dix minutes dans une journée, pour rentrer en moi-même et prendre conscience que Dieu est là « plus intérieur à moi-même que moi-même » comme l’écrit le grand saint Augustin. Je n’ai pas davantage de temps pour m’arrêter une fois dans la semaine, vingt minutes, soyons fous, trente minutes pour lire l’évangile du dimanche, le méditer, et comprendre à partir de là ce à quoi Dieu m’appelle. Je crains que derrière cet argument, il y ait tout simplement un manque de foi, « Le Fils de l’homme quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? » un manque de foi qui est la marque d’un déficit dans notre expérience de Dieu.

Si nous étions davantage convaincus que Dieu n’était pas extérieur à notre vie, peut-être ressentirions-nous davantage la nécessité de le prier.

Mais nous pourrions renverser la proposition de cette dernière phrase. Si je priais, pour justement faire l’expérience de Dieu, et ainsi sentir et comprendre qu’il ne s’est pas absenté de ce monde et qu’il ne m’abandonne pas à mes ténèbres et à mes souffrances. N’est-ce pas là le sens de la prière dont Benoît XVI disait que « c’est une question de vie ou de mort ? »

Dans quelques semaines, l’Église va béatifier un de ses fils, le père Marie-Eugène. Il a de belles expressions pour parler de la prière:
« Dieu a toujours la porte pour nous laisser entrer en lui par la prière. (…) Je puis créer des liens avec Dieu, des liens réciproques. Il me connaît et il m’aime et moi à mon tour, je le connais et je l’aime. Il m’aime comme un père te je l’aime comme un fils. …C’est donc une possibilité que j’ai reçue de le connaître et de l’aimer : relation réciproque. C’est sa joie ! »

La prière est mon lieu de rencontre, un lieu privilégié d’échanges avec Dieu, un lieu de réciprocité avec Dieu.

Mais comment prier, me direz-vous? Nous ne sommes pas des professionnels de la prière, nous ne sommes ni moines, religieuses ou prêtres.

J’aimerais vous proposer en quatre mots une méthode pour prier tous les jours ou au moins plusieurs fois dans la semaine, inspirée d’un petit livre intitulé « comment prier chaque jour », un livre dont l’auteur n’est pas un moine, mais un bon père de famille.

Avant toute chose, il faut se trouver son lieu et son moment. Puis, vous pouvez organiser ce temps en quatre moments : un temps de silence. A l’ère du digital, il y a de l’ascèse à couper le smartphone et autre, un silence qui n’est pas une fin en soi, mais qui est la condition pour entendre et écouter la parole de Dieu. C’est le deuxième temps : lire l’évangile que l’Église vous demande de lire, que le Christ nous a laissé ; c’est une lumière qui sort de l’ombre les événements de vos vies, une lumière extérieure, celle du Christ, celle de Dieu. Parfois, nos vies sont comme la grotte du mythe de la caverne de Platon. Dans ce mythe, un homme prisonnier voit des ombres mal identifiées. Il se trompe sur leurs origines et sur leurs significations. Il est libéré, s’avance à la lumière qui est à la source des ombres et il comprend. Avec le soleil, qui vient de l’extérieur, il comprend ce que sont ses ombres. La caverne, c’est moi : si je demeure l’unique référence de ma vie, je demeure dans l’erreur. Si je me pose comme le détenteur de sens et le seul interprète de mon existence, je n’aurai d’autre choix que le repli sur moi-même. En revanche, si je m’ouvre au soleil, l’évangile du Christ, en m’imbibant de sa vie et de sa personne, tout s’éclaire. Un autre, qui est le Christ, tissera les fils de ma vie. Troisième temps, il faut Lui parler : un « je » qui dit « tu ». L’enjeu de la prière est de ne plus parler de Dieu mais de parler à Dieu, passer du « il » au « tu ». Enfin, le quatrième temps sera la supplication, celle qu’illustre la pauvre veuve de l’évangile. C’est le signe d’un décentrement de moi-même. cette supplication va me pousser à l’action. Le pape François dit aux JMJs : « seul le rapport fidèle et intense avec Dieu permet de sortir de ses fermetures. Sans la prière, notre action devient vide et notre annonce est sans âme ».

Ce soir demandons au Seigneur qu’il nous aide à prendre au sérieux la prière dans notre vie et à faire un pas supplémentaire, pour mieux le connaître, l’aimer et le servir. Nous sommes également là, nous vos prêtres, pour vous aider, car prier est difficile. Vous ne nous dérangez jamais lorsque vous nous sollicitez pour avancer dans « cette rencontre de deux amours qu’est la prière » (p. Marie-Eugène) ». Amen